Publié le : 18/08/2026
À l’heure de la pause-déjeuner, la team Cofidis prend un moment pour échanger avec ceux qui font l’équipe. Avec "A l'abri du vent", on met la course de côté quelques minutes pour écouter et prendre le temps. Aujourd’hui, partons à la rencontre de Christophe Hajaer.
Peux-tu nous raconter ton parcours avant d’arriver chez Cofidis ?
Avant d’arriver chez Cofidis en 2003, j’ai d’abord été coureur cycliste en première catégorie au Vélo Club de Roubaix. J’ai arrêté ma carrière sportive vers 1996, puis je me suis un peu éloigné du vélo pendant presque un an.
C’est ensuite grâce à des rencontres que tout s’est relancé. On m’a proposé d’intégrer le milieu professionnel, mais cette fois-ci dans un autre rôle. J’ai donc suivi une formation de masseur pendant un an, avant d’intégrer une équipe amateur, puis une structure professionnelle.
J’ai donc travaillé à la Mutuelle de Seine-et-Marne, puis passé deux ans chez BigMat, une année à FDJ, avant d’arriver chez Cofidis en 2003.
Il y a bien eu une période d’arrêt, notamment à cause de la fatigue liée aux déplacements et à l’arrivée de mes enfants, mais l’envie de revenir chez les pros a été plus forte. C’était une opportunité à ne pas rater, et je ne la regrette absolument pas.
T’imaginais-tu exercer ce métier un jour ?
J’ai toujours baigné dans le cyclisme. J’ai grandi dans le Nord, où je roulais avec d’anciens professionnels comme Laurent Pillon, Franck Vandenbroucke ou Cédric Vasseur.
Mes amis faisaient aussi partie du milieu. Le vélo a toujours fait partie de ma vie. Quand l’opportunité s’est présentée, je l’ai saisie naturellement. C’est un monde fabuleux, le cyclisme professionnel.
Tu côtoies des coureurs, parfois de futurs champions, tu construis un réseau, tu accompagnes des jeunes… et quelque part, ça te permet de rester jeune dans ce milieu.
Quel est ton rôle exact au sein de l’équipe ?
Je suis masseur, assistant sportif.
Mon travail commence bien avant la course : préparation de toute la logistique, notamment pour les Grands Tours comme le Tour de France, le Giro ou la Vuelta. À l’hôtel, avec mes collègues, on prépare tout pour accueillir les coureurs.
Une journée type commence très tôt : préparation des bidons, du ravitaillement, puis présence sur la course pour les passages de bidons et de musettes.
Après la course, retour à l’hôtel et prise en charge des coureurs pour les massages. En général, je masse deux à trois coureurs par soir, et sur les Grands Tours, c’est encore plus intense.
Les journées peuvent aller de 6h du matin à 22h, avec parfois une heure de route pour rejoindre l’hôtel. Ce sont des journées longues, mais passionnantes.
Quelle relation entretiens-tu avec les coureurs ?
Le massage crée une relation très particulière. On passe environ une heure par jour avec chaque coureur, ce qui permet de créer de vrais liens.
Je travaille beaucoup sur les classiques du Nord et les Flandriennes, donc j’ai souvent le même noyau de coureurs : Alexis Renard, Damien Touzé, Milan Fretin, entre autres.
Quand les coureurs reviennent régulièrement vers toi, c’est que la relation fonctionne. Le feeling est essentiel.
Il faut être à l’écoute, échanger sur autre chose que le vélo, rassurer quand ça ne va pas : fatigue, chute, manque de confiance… Le rôle humain est primordial.
Comment les accompagnes-tu dans la récupération ?
Principalement par le massage.
On utilise aussi des appareils de récupération, et on travaille en collaboration avec l’ostéopathe, qui est très souvent présent sur les courses.
Si un coureur est trop fatigué, il faut parfois savoir l’arrêter plutôt que de continuer à tout prix. La récupération fait partie intégrante de la performance.
Y a-t-il un moment marquant dans ta carrière ?
Oui, très clairement : nos deux victoires sur le Tour de France il y a trois ans, après quinze ans sans victoire.
Le Tour, c’est l’événement ultime. Gagner là-bas, c’est quelque chose qui marque une vie.
Il y a aussi eu de grands moments sur les classiques belges, notamment avec Sylvain Chavanel. On avait créé un vrai groupe, vécu énormément de choses ensemble : stages, courses, déplacements.
On a partagé près de cent jours ensemble sur une saison. Ce sont des souvenirs très forts.
Qu’est-ce que le public ne sait pas forcément sur ton métier ?
Le grand public voit surtout l’extérieur.
L’intérieur, “l’inside”, est beaucoup plus humain. Le massage est un moment privilégié où l’on échange, où l’on rigole parfois, mais où l’on est aussi très sérieux.
C’est une relation de confiance, presque intime. Tout repose sur l’attitude, l’écoute, le respect.
Aujourd’hui, le cyclisme a beaucoup évolué : bus, sécurité, coureurs plus protégés… Ils sont moins accessibles qu’avant. À mes débuts, tout était plus simple, plus convivial.
Ta passion, c’est le vélo depuis toujours ?
Oui. J’ai commencé le vélo à 13-14 ans, et ça ne m’a jamais quitté.
Je ne m’imaginais pas forcément travailler un jour chez les pros, mais je suis quelqu’un de passionné et persévérant. J’ai eu la chance de rencontrer les bonnes personnes au bon moment.
Comment gères-tu l’équilibre entre vie professionnelle et personnelle ?
Ce n’est pas simple. J’ai deux enfants, aujourd’hui assez grands. J’ai été souvent absent, et ça a parfois pesé sur ma vie personnelle.
Mais aujourd’hui, j’essaie de rattraper le temps quand je suis à la maison. Mon fils fait du vélo, lui aussi. C’est une grande fierté de lui transmettre cette passion.
Partager le vélo avec lui, lui montrer l’envers du décor, c’est quelque chose de très fort.
Transmettre, c’est essentiel.