Publié le : 14/04/2026
À l’heure de la pause-déjeuner, la team Cofidis prend un moment pour échanger avec ceux qui font l’équipe. Avec "A l'abri du vent", on met la course de côté quelques minutes pour écouter et prendre le temps. Aujourd’hui, partons à la rencontre de Florent Sobolewski.
Comment ton parcours dans le vélo a-t-il commencé avant d’arriver chez Cofidis ?
Le vélo, ça a toujours été une passion, déjà depuis l’enfance. J’en faisais un peu quand j’étais plus jeune, mais ce qui m’attirait surtout, c’était la mécanique. J’ai donc suivi une formation de mécanicien cycle à Toulouse.
Une fois mon diplôme en poche, je suis remonté dans le Nord et j’ai travaillé en CDI dans un magasin Culture Vélo. J’y étais responsable de l’atelier pendant deux ans. Mais assez vite, je me suis rendu compte que ce qui m’intéressait vraiment, ce n’était pas le magasin, mais le milieu de la compétition.
En parallèle de mon travail, je donnais un coup de main au club de Nogent-sur-Oise les week-ends, dès que j’en avais l’occasion. Ça m’a permis de mettre un pied dans le monde du sport de haut niveau. Ensuite, une opportunité s’est présentée pour travailler en Belgique, directement chez les pros. Je suis parti un an et demi là-bas, j’y ai énormément appris.
Quand j’ai voulu revenir en France, j’ai rencontré Nicolas Daniel, responsable de la mécanique chez Cofidis. Le feeling est tout de suite passé, il cherchait quelqu’un, et c’est comme ça que j’ai intégré l’équipe.
Le vélo et la mécanique ont-ils toujours été au centre de ta vie ?
Le vélo, oui, mais j’ai aussi fait d’autres sports. Du football, de la motocross… À la base, j’étais même plus attiré par la mécanique moto que par le vélo.
C’est un accident de moto qui a tout changé. Pour la rééducation, j’ai dû faire du vélo. J’ai repris goût au sport, à l’effort, et petit à petit je suis revenu complètement dans cet univers. Aujourd’hui, ce qui me satisfait le plus, c’est clairement mon métier de mécanicien dans le milieu de la compétition.
J’aime monter un vélo, l’entretenir, le régler dans le détail pour la performance. C’est là que je prends le plus de plaisir.
Qu’est-ce qui te motive au quotidien dans ton métier ?
Le détail. Je suis quelqu’un de très maniaque, très précis. J’essaie toujours d’apporter ce petit plus, même s’il ne se voit pas forcément pour tout le monde.
Pour moi, chaque détail compte. C’est vraiment ce qui me motive : me dire que tout est parfait, que rien n’a été laissé au hasard.
Comment travailles-tu avec les coureurs et leurs vélos ?
Chaque coureur a déjà un réglage de position très précis, qui lui est propre. Ensuite, il y a les demandes liées à la performance, qui passent par notre responsable mécanique. Les tâches sont ensuite réparties entre les mécaniciens.
Il y a aussi beaucoup d’échanges directs avec les coureurs. Après un entraînement ou une course, ils peuvent venir nous voir pour un petit ajustement : un dérailleur, une selle, une pression de pneus, un détail de position. Ça fait partie du travail quotidien.
Quel est ton rôle avant, pendant et après une course ?
Cette année, j’étais responsable d’un des camions de l’équipe. Mon rôle, avant la course, c’est de m’assurer que tout le matériel nécessaire est prêt : vélos, roues, pièces, outillage.
Une fois sur place, je m’occupe de l’installation du camion, de la préparation des vélos avec mes collègues, du nettoyage des véhicules, de toute la logistique. Pendant la course, ce sont souvent mes collègues qui suivent en voiture pour les dépannages, pendant que je me rends sur le lieu de l’arrivée avec le camion.
Mais il m’arrive aussi d’être dans la voiture de course. Dans ces moments-là, il y a forcément un peu d’adrénaline. Quand on débute, il y a aussi beaucoup de stress : on a peur de faire une erreur. Avec l’expérience, ce stress diminue, parce qu’on sait qu’il peut nous faire perdre nos moyens.
Comment se passent les dépannages en course ?
Chaque coureur a une oreillette. De notre côté, on a la radio dans la voiture. Quand il y a un problème, on essaie d’obtenir l’information la plus claire possible : crevaison avant ou arrière, problème mécanique précis.
Ça permet de gagner du temps. En cas de chute, on ne cherche même pas à comprendre : on change directement le vélo. Il faut aller vite et être sûr. Les coureurs ont toujours au moins deux vélos de rechange, parfois trois. Il y a toujours une solution.
Y a-t-il des moments particulièrement marquants dans ton métier ?
Les chutes, sans hésiter. Quand tu sors de la voiture, tu n’as pas toujours d’informations. Tu vois parfois 40 ou 60 coureurs à terre, et tu cherches à savoir si l’un des tiens est dedans.
Tu vérifies le vélo, l’état du coureur, s’il peut repartir ou non. Ce sont des moments très forts, très marquants.
Ton métier est souvent perçu comme un métier de l’ombre. Qu’est-ce que le public ignore le plus ?
Beaucoup de gens pensent qu’on ne travaille que pendant les courses. La question qu’on me pose le plus souvent, c’est : « vous faites ça toute l’année ? »
La réponse est oui. C’est un métier à l’année, avec un vrai planning, des périodes de travail, des périodes de repos. Les courses que le public voit, ce n’est que la partie visible de l’iceberg.
On peut avoir plusieurs courses le même jour, sur différents continents, avec des groupes de travail différents. Tout est planifié longtemps à l’avance, souvent dès la fin des stages d’hiver.
Comment gères-tu l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle ?
C’est beaucoup d’anticipation. On a des plannings précis, des dates connues à l’avance, ce qui permet de s’organiser.
Il faut de la disponibilité, mais l’équilibre reste possible. On arrive à préserver des moments en dehors du travail, à condition de bien anticiper.
Qu’est-ce qui te fait dire que tu ne pourrais pas faire un autre métier ?
J’adore mon métier. On travaille avec du matériel haut de gamme, dans des conditions exceptionnelles. Mais surtout, il y a l’aspect humain.
On passe parfois un mois entier ensemble, loin de chez nous. Des liens se créent avec l’équipe, avec les coureurs. Il y a cet objectif commun de performance, de victoire, de faire le mieux possible.
Travailler dans un magasin, je l’ai connu. C’est le même univers, mais ce n’est pas le même métier. Ici, il y a ce petit truc en plus. Cette passion de la compétition.
Franchement, je ne me vois pas faire autre chose.