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Publié le : 21/07/2019

Mémoires de Tour : David Guénel

Le projet Mémoires de Tour vous fait revivre la longue histoire de la Team Cofidis avec le Tour de France. Pendant 3 semaines retrouvez anecdotes, récits rares et souvenirs racontés par nos anciens coureurs, journalistes, fans ou membres du staff ! Bonne lecture :-)

Il fait froid, en ce 7 juillet 2008. Il faut dire que je ne suis pas en France, mais quelque part dans l’hémisphère sud. Je dois toutefois suivre les préceptes de ma religion, le Cyclisme, dont le Premier Commandement est : « Une étape du Tour, jamais tu ne manqueras ». Malheureusement, là où j’habite, le vélo compte peu de disciples et n’a pas les honneurs de la télévision. Qu’à cela ne tienne, ma connexion internet devrait me permettre de suivre l’étape en streaming. Presque comme au pays, les commentaires de Thierry Adam et Laurent Fignon en moins… Sur le papier, l’étape n’est pas la plus aguicheuse : les 208 kilomètres tracés entre Saint-Malo et Nantes ne comptent pas la moindre côte répertoriée. Oui, mais voilà : Nantes, c’est chez moi. Au plaisir de voir les coureurs souffrir, s’ajoutera aujourd’hui celui de retrouver quelques routes que je connais bien. Alors tant pis si la course est une purge, du moins aurais-je le plaisir de passer à la maison pour pas un rond.

Avec une étape aussi plate, le sprint ne fait guère de doute, surtout si l’on considère la ribambelle de sprinteurs présents : Baden Cooke, Freire, Hunter, Hushovd, Mc Ewen, O’Grady, Zabel… Pour leur première opportunité depuis le Grand Départ, on imagine mal les grosses cuisses laisser filer l’occasion de jouer la gagne dans la Cité des Ducs. Malgré leurs maigres chances, quatre baroudeurs tentent leur chance au kilomètre 0 : l’Américain William Frischkorn, Paolo Longo Borghini, coéquipier d'un certain Chris Froome chez Barloworld, Romain Feillu, de l'éphémère Agritubel, et Samuel Dumoulin. Une chance pour les fuyards : Alejandro Valverde ne semble pas enclin à défendre le maillot jaune conquis l’avant-veille à Plumelec. L’avance grimpe vite, flirtant bientôt avec le quart d’heure. « On s’est livré sans compter, parce qu'ouvrir la route du Tour, c'est déjà un honneur », se remémore Samuel. Ployant sous le vent et la pluie, les échappés roulent à bloc, pour se donner le droit d’y croire le plus longtemps possible. Persuadées, sans doute, que Caisse d'Épargne allait finir par défendre le maillot, les équipes de sprinteurs ont embrayé trop tard. « Dans la dernière heure, on a compris qu'on allait se disputer la victoire, poursuit Dumoulin. On a alors commencé à calculer, à se jauger entre nous ». Rapide au sprint, celui qui a posé ses valises chez Cofidis l’hiver précédent sait qu’il a un rival de taille en Romain Feillu. Doit-il attendre le sprint ou attaquer ? Pour ne plus cogiter, le Lyonnais place une attaque sèche à 1,5 kilomètre du poteau, que seul Frischkorn parvient à suivre. Les deux hommes sont repris par Feillu, qui attaque à son tour. S'ensuit un sprint interminable, lancé quasiment sous la flamme rouge. Même devant la télé, on devine l’épuisement des trois coureurs, qui finissent au bord de l'asphyxie. Calé dans la roue de Feillu, Dumoulin parvient à le sauter puis à résister au retour de Frischkorn. La joie est à la mesure des efforts consentis dans la journée. Samuel remporte, à 27 ans, ce qui est sans doute la plus belle victoire de sa carrière. "Cette victoire restera gravée jusqu'à la fin de ma vie", admet-il sans hésiter. Qu’on le veuille ou non, quand on est Français et qu’on a levé les bras sur le Tour, on devient pour toujours et avant tout un « Vainqueur d’étape ».

Le Tour de France 2008 sera une belle édition pour les rouges, puisque Sylvain Chavanel s’offrira le bouquet à Montluçon, pour ce qui reste la dernière victoire de l’équipe dans la Grande Boucle.

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